Progrès et perspectives avec la CAA

Quel chemin suivre?

Mais quel chemin suivre?

J’ai été silencieuse longtemps sur ce blog. Plein de raisons diverses, mais en partie parce que j’avais un peu l’impression de faire fausse route dans notre chemin de communication alternative. Pas parce que ma fille ne faisait pas de progrès (son langage oral s’est développé énormément), mais parce que je voyais arriver « la fin de la route » avec notre outil actuel de CAA et je ne savais pas comment faire. A 5 ans et demi, Eva s’exprime de mieux en mieux avec sa voix, elle a un vocabulaire plus riche qu’avant et commence à associer deux, voire plus de mots. La majorité du temps, elle arrive maintenant à se faire comprendre tout aussi bien avec sa voix qu’avec l’outil et on s’en réjouit. Faut-il continuer avec la CAA donc ? Qu’est-ce que cela va lui apporter de plus ? Et l’auto-questionnement qui me fait un peu honte : est-ce qu’elle a des idées plus complexes à exprimer, après tout ? Cependant, une bonne partie du temps elle parle un ‘charabia’ que nous ne comprenons pas et qui a pourtant l’air d’avoir du sens pour elle.

Je crois qu’il est quasiment impossible de juger de façon précise la capacité cognitive d’un enfant qui a des gros troubles de communication (voici un superbe article là-dessus, en anglais). Et, faute de preuves, il y a une insidieuse tendance à sous-estimer ces enfants-là. J’ai beau me répéter ce mantra « Presume Competence ! » (supposer la compétence), j’ai par moments du mal à le vivre (notamment lorsque nous répétons le même échange sur le gyrophare du camion de pompier qui tourne pour le 571eme fois de la journée). Elle aime la répétition. C’est positif, c’est éducatif, c’est nécessaire. C’est usant. Puis à d’autres moments il s’ouvre des portes, comme ce week-end quand j’ai eu droit à mon premier « Je t’aime Maman », moment bouleversant et si attendu. Puisque notre route est longue, nous pourrons aller loin, très loin.

A mon sens, la CAA a pour objectif de réduire, voire combler, le décalage entre les idées dans la tête de quelqu’un et leur capacité à les exprimer. Avec ma fille, on avance par paliers, et le plus souvent il y a une période de progrès en termes de compréhension, suivie, des semaines ou des mois plus tard, par un rattrapage en termes d’expression. La CAA nous a sauvé dans ces moments-là, lui permettant d’explorer ses idées, de nous jeter une bouée avec laquelle la ramener vers nous. Et malgré l’outil, je reste persuadée qu’elle a des idées plus complexes que ce qu’elle n’arrive à exprimer.

Pourquoi donc cette grande frustration et désenchantement avec l’application Talk Tablet, comme je l’ai paramétré ? Plus elle parle, plus je vois l’importance de lui fournir un modèle précis et correct. Lorsqu’elle n’arrivait pas à nous faire comprendre ce qu’elle voulait, j’étais émerveillée quand elle arrivait à nous dire « Eva manger ». Mais maintenant cette étape-là est acquise et on vise forcément la prochaine. Mais pour cela il faut pouvoir conjuguer des verbes, accorder les adjectifs. Il lui faut accès à « tous les mots, tout le temps ». Aussi, elle va sur ses 6 ans et je souhaite un outil qui encourage et facilite son entrée dans la lecture. L’application que l’on a utilisé jusqu’alors (ou tout au moins notre façon de l’utiliser) ne répondait pas à ce besoin.

Heureusement, le week-end dernier je pense avoir découvert un outil qui nous permettra d’aller (beaucoup) plus loin. Malgré des pépins et des petites frustrations, cela ressemble fort à mon idée de « système robuste de communication » avec lequel on pourrait exprimer toutes les idées, aussi complexes qu’elles soient. Et qu’est-ce que c’est facile à utiliser ! Je joue avec, je découvre et le chemin me paraît tout de suite plus large et moins cahoteux. J’en reparlerai très prochainement…

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Pourquoi modéliser ? Comment modéliser ? La Communication améliorée et alternative en action

Voilà, c’est fait, on a mis en place la communication alternative et améliorée2010_0320_144042AA (CAA) pour aider notre enfant (ou élève, patient, proche…) à communiquer. On a notre joli classeur de pictogrammes, notre livre PODD, notre tablette avec application de communication, notre formation de Makaton tout fraîche en tête… et ensuite ? On entend souvent dire qu’apprendre à utiliser la CAA, c’est un peu comme jouer du piano. Ce n’est pas parce que l’outil est là, que l’on saura s’en servir tout naturellement, sans effort, dès le départ. Si on veut que son enfant apprenne une autre langue, et bien il faut que cette langue soit parlée autour de lui, pas vrai ? C’est donc logique que si on veut que son enfant « parle » avec son outil, il faut que l’on s’y mette, nous aussi. D’où l’importance de « modéliser », c’est à dire, de parler avec l’outil, de donner des exemples, d’en faire un mode de communication riche et interactif tout au long de la journée.

Pourquoi modéliser ?

  1. De nombreuses études montrent que la modélisation aide les enfants et les adultes à apprendre plus vite.
  2. La modélisation nous aide en tant que parent, professeur, thérapeute, à apprendre à se servir de l’outil, de connaître ses limites (pour essayer de les palier) et de savoir exploiter tout le vocabulaire disponible.
  3. C’est logique. Combien de fois doit-il entendre un mot avant qu’un petit enfant ne se mette à le produire ? Bien sûr que les enfants utilisateurs de CAA ont besoin d’être exposé à leur mode de communication cible aussi.
  4. Cela augmente notre « sphère d’influence ». S’ils nous voient s’en servir pour modéliser, il y a plus de chances que d’autres parents, professeurs, thérapeutes, feront de même.
  5. C’est motivant. L’enfant est intrigué, et il viendra voir ce que l’on fait et, avec le temps, il s’y mettra aussi.

Pour plus de précision et des liens à des études sur le sujet, consultez cet article, sur le site américain Praactical AAC. C’est une véritable mine d’or d’informations et de conseils concernant la CAA, que je recommande vivement. Je n’ai rien inventé, je ne fais que synthétiser et traduire en français certains éléments qui me paraissent fondamentaux.

La compétence communicative prend du temps

« Un enfant typique de 18 mois aura été exposé à 4380 heures de langage oral, soit 8 heures par jour, avant de se mettre à parler. Si un enfant est exposé à son système de communication en séances d’orthophonie, deux fois par semaine pendant une demi-heure, cela prendra 84 ans avant d’avoir le même niveau d’exposition. »

Jane Korsten, orthophoniste

En modélisant avec l’outil de communication, nous permettons à l’enfant de se l’approprier et nous lui faciliterons le chemin vers la communication. Me voilà convaincue, et vous?

Et enfin, parce que voir, c’est croire, merci à Mathilde Mella pour cette superbe vidéo qui montre une activité de collage, tout en PODDant: