Ecole: le milieu ordinaire pour mon enfant « extraordinaire »?

On jouait aux animaux dans le salon. Mon cadet Joseph, presque 3 ans, avait soigneusement aligné tous les chevaux, du plus grand au plus petit. J’ai attrapé le zèbre… « tiens Jojo, regarde comme il ressemble aux chevaux, il a la même forme, les mêmes pattes, la même tête » et je le pose avec son armée chevaline. « Mais non, Maman, il est différent. Ce n’est pas un cheval ». Il l’enlève et continue sa recherche. J’insiste: « mais si, il est tout seul le zèbre, il pourrait venir avec les chevaux, ils pourraient devenir copains, ils se ressemblent beaucoup. » Joseph est firme: « non, ce n’est pas un cheval, il faut qu’il trouve des copains comme lui, d’autres zèbres ». Le débat continue encore un peu, puis je renonce, pensive et un peu abattue.

Nous attendons actuellement la décision de la MDPH (maison de l’handicap) sur le maintien en milieu ordinaire pour notre grande fille de 5 ans ou une réorientation vers une école spécialisée dès la rentrée. Eva aime l’école du village, elle semble y être bien intégrée et prend plaisir à aller à l’école. Pour nous, la suite logique est donc qu’elle passe en grande section avec ses camarades, même si ses difficultés de langage, de cognition et de motricité fine l’empêcheront d’accéder à tous les apprentissages. Elle va bien, elle fait des progrès, elle est épanouie… pourquoi changer? Pas si simple. Le SESSAD qui la prend en charge pense qu’elle sera trop en difficulté en Grande Section, et qu’il vaudrait mieux qu’elle change de structure en septembre, sans attendre qu’elle soit mise en échec. Nous pouvons argumenter pour le maintien en milieu ordinaire, mais si la MDPH décide qu’elle serait mieux à l’IME (institut médico-éducatif), ils peuvent supprimer son accompagnement AVS (assistante de vie scolaire). On n’a donc pas vraiment le choix, ce serait invivable pour tous, Eva comprise, qu’elle soit en milieu ordinaire sans soutien.

L’idée d’une réorientation, en soi, ne nous choque pas. Il y a quelques temps, j’ai eu l’occasion de traîner vers les classes des grands où j’ai écouté furtivement les explications grammaticales de la maîtresse, et observé les enfants assis en rangs tâchant de répondre assez vite, mais attention! pas trop vite, à ses questions. Je me suis rendu compte ce jour-là que ma fille ne ferait pas toute sa scolarité en milieu ordinaire. Même dans quelques années, sauf miracle, je ne la vois pas heureuse et épanouie dans ce contexte. Si ma fille ne suivait plus du tout le même cursus que les autres enfants, si elle ne pouvait plus accéder aux mêmes apprentissages, ce ne serait pas de « l’intégration » que d’insister pour qu’elle reste dans la même salle.

Je me pose donc plein de questions…

  • Est-ce que mon envie qu’elle reste en milieu ordinaire vient en partie d’une envie inconsciente qu’elle soit comme les autres?
  • Aura-t-elle de vrais amis, soit à l’école, soit à l’IME?
  • Quelle conséquence pour la complicité existante entre grande sœur et petit frère, actuellement scolarisés ensemble?
  • Ne devrais-je pas me battre pour l’inclusion, par idéologie, par principe, pour défendre la place des enfants handicapés en milieu ordinaire, si récent en France?
  • Où est-ce qu’elle fera le plus de progrès?
  • Où est-ce qu’elle sera la plus heureuse?

Comme il arrive si souvent, j’ai plus de questions que de réponses ce soir.