Peur et tremblements: les spectacles qui font « pop »

Il ne faut pas que ça pète.

Les ballons baudruches ou les bouteilles de pétillant? Rien qu’à les voir, ma fille part en courant, les yeux écarquillés, les mains tremblantes. On a essayé de différentes stratégies pour la désensibiliser, parce que même si on ne boit pas de champagne tous les jours (hélas), une phobie de ballons gonflables pose tout de même souci aux fêtes d’anniversaire. A trois ans, c’était plus compliqué encore, avec une longue liste de bruits qu’elle ne supportait pas (sèche-cheveux, tondeuse, mixeur, aspirateur, certains instruments de musique…), mais en grandissant elle s’habitue de plus en plus à ces bombardements sensoriels.

Petite, j’essayais de la protéger de ces bruits qui lui étaient si intolérables, ne supportant pas de la voir angoissée. Mais si, par malheur, quelqu’un déclenchait le sèche-mains pendant que l’on était aux toilettes, c’était la panique à bord. Je me suis rendu compte que je ne lui rendais pas service en tentant de la protéger, qu’elle avait besoin d’apprivoiser cette peur en comprenant d’où venaient ces bruits. Le pouvoir de déclencher et arrêter le vacarme a beaucoup aidé: appuyer sur l’interrupteur de l’aspirateur, jouer à « Ready Steady… Go! » (On dit « à vos marques, prêts… » et on attend le moindre son ou mouvement de l’enfant pour dire « Partez! » et faire le bruit. C’est un super jeu pour les bébés aussi, que j’ai trouvé sur un jeu de cartes d’orthophonie et que nous avons joué un bon milliard de fois ;o).

Mais les choses qui font « pop »? Rien à faire. Malgré les enregistrements et les vidéos sur l’ipad, les jeux de tout style… il n’en reste pas moins qu’elle en a horreur.

Et pourquoi, bon Dieu, y a-t-il toujours des explosions dans les spectacles pour enfants? Le magicien qui sort d’un coup un pistolet et tire dans l’air, la boite magique des clowns qui éclate. Pourtant, elle adore les spectacles, les clowns, la musique. Enfin, elle adore l’idée des spectacles. En pratique, elle a souvent besoin de prendre abri derrière une porte porte spectacleet regarder de loin. J’étais donc ravie de recevoir une invitation pour la ‘Fête de la galette’ avec spectacle pour tout-petits dans notre ville. Sans trop regarder, je nous ai inscrits en me disant que c’était bien de l’amener voir un spectacle qui, destiné aux 2-3 ans, ne pouvait certainement pas lui faire peur. Cela allait l’aider à reprendre confiance après une série de spectacles difficiles, n’est-ce pas?

Un conseil important si votre enfant a une sensibilité sensorielle. Toujours, TOUJOURS, regardez l’affiche! Voilà que mardi soir nous avons débarqué au spectacle… d’Orélie Balloon au pays des ballons. Décor en ballons, accessoires en ballons, même une jupe en ballons! Involontairement, j’ai amené ma fille dans son enfer personnel. « Je suis la pire mère au monde » me dis-je. Naturellement nous avons pris position derrière une porte vitrée (pas moyen de rebrousser chemin, le petit frère rigolait et applaudissait avec les autres, on ne pouvait pas partir). Le spectacle a été long et petit à petit elle s’est habituée à l’omniprésence de ballons, si bien qu’elle a pu aller embrasser l’actrice à la fin. Sauf que, comme toujours, certains s’amusaient à faire éclater les ballons distribués à la fin du spectacle… eh oui!) et nous avons dû partir en catastrophe.

Le lendemain, (pour apaiser mon sentiment de culpabilité) nous avons préparé ensemble

eva livre spectacle

Lecture du livre souvenir

un livre souvenir avec des photos et du texte, ainsi qu’une vidéo souvenir du spectacle. Moi: est-ce que tu as aimé le spectacle? Elle: oui! Et là, je reste perplexe, parce que c’était affreux et je croyais regretter l’avoir amenée.

Je me questionne donc: faut-il faire face à ses peurs? comment aider au mieux son enfant à surmonter ses angoisses?

 

Activité sensorielle: « gloop! »… T’as dit quoi?!

Gloop... ça colle, ça dégouline

Gloop… ça colle, ça dégouline

Le beau temps revient, on a envie d’être dehors, de profiter de ces premiers rayons de soleil… C’est la belle saison pour ressortir la table sensorielle (ou le bac à vaisselle, un gros tupperware…) et laisser les petits plonger leurs mains/pieds à leur grand plaisir dans de nouvelles textures. Et quoi de plus bizarre et stimulant que le « gloop »?

On le fabrique facilement avec des ingrédients que l’on trouve dans le placard, et les enfants peuvent participer à toutes les étapes. La magie du « gloop », c’est qu’il devient solide sous pression, on peut en faire une balle pour lancer par exemple, mais dès que l’on lâche la pression, cela redevient aussitôt liquide et nous coule entre les doigts comme de l’eau. C’est fou!

Ingrédients

Une boule dure

Une boule dure

1 gros paquet de maïzena

On lâche, ça coule...

On lâche, ça coule…

De l’eau (je n’ai pas dosé, on a rajouté petit à petit pour expérimenter les différents textures et jusqu’à obtention de la consistance voulue).

Des colorants alimentaires (facultatif, mais nettement plus gai et, bien sûr, éducatif).

Pourquoi?

Pour le plaisir, premièrement… aussi pour aider les enfants à surmonter leurs crainte et dégoût devant une texture surprenante. Ma fille a eu longtemps des difficultés à toucher certaines textures, ce qui posait problème lors des repas. Tout ce qui était un peu gluant (comme des bananes, certaines sauces, beaucoup de légumes cuits) lui était insupportable et lui donnait carrément des haut-le-cœur. En l’encourageant à manipuler, elle a réussi de plus en plus à surmonter cette réticence sensorielle. Pour cette activité, elle a mis plus facilement les pieds au début, et seulement après un bon quart d’heure de jeu et de me regarder laisser couler le gloop sur mes mains, est-ce qu’elle a accepté aussi de le toucher avec ses mains.

Je regrette de ne pas avoir pris plus de photos, mais comme vous pouvez imaginer, les appareils-photo et le gloop ne font pas bon ménage.

Enfin… comme dire « gloop » en français? Je ne trouve que « pâte visqueuse » comme traduction, ce qui ne fait franchement pas envie. Toute suggestion serait la bienvenue…

Et vous? Quelles sont vos activités sensorielles préférées?

Le 11 novembre en famille (façon troubles du comportement)

Aujourd’hui nous sommes allés aux commémorations du 11 novembre dans notre petit village rural. Toujours crédules courageux, nous y sommes allés en famille, soit avec nos deux petits bouts. Comme contexte, il faut savoir que les grandes passions du moment pour notre aînée sont:

  • les instruments de musique
  • les habits de couleur vive et fluo
  • les uniformes
  • et surtout (peut-être parce que c’est si rare ici dans la brousse), les costumes et les cravates. Alors là, les cravates, c’est l’extase.

Les commémorations de notre commune sont accompagnés par une fanfare (et oui, trompettes, grosse caisse, et tout et tout) où tous les musiciens portent un uniforme (!) jaune/orange vif (!!). L’année dernière nous avons dû regarder la cérémonie à partir d’une cachette derrière la grosse porte de la mairie. L’émotion du moment étant trop forte, Eva pleurait aussi bien pour s’éloigner que pour se rapprocher. Enfin pleurait, criait, se tortillait, tapait, et faisait toute sorte de bruit inhabituel. Je suis partie ce matin non sans une certaine appréhension.

S’approchant de la cérémonie ce matin, elle a aperçu les musiciens et son corps entier s’est mis à trembler. Toute agitée, elle passait de personne à personne, elle voulait toucher les habits de tout le monde, elle poussait des cris aigus, elle tapotait sur les vestes des messieurs et essayait de toucher leurs cravates, elle regardait tous les instruments en disant « trompette » (elle arrive encore moins à trouver les mots justes quand elle est agitée), elle voulait faire des câlins à tout le monde. Je lui cours après en tentant de la contenir, de lui rappeler que « on peut donner la main, on ne touche pas les habits », je l’excuse, je souris, je lisse. C’est crevant et je me sens un peu perdu, gênée devant son énergie et son exubérance si inadaptées à la situation.

Les discours commencent, un peu de musique et, magie, on reste, on écoute, on est tout près. Elle gigote, essaie de contenir ses sons, c’est dur mais je sens ce progrès énorme depuis l’année dernière où on était déjà partis se mettre à l’abri de toute cette stimulation. Puis tout d’un coup, silence général, ambiance solennelle. Eva, toujours sensible, ne comprend plus rien. Elle pleure, sanglote, proteste. Je la serre contre moi, lui expliquant tout bas qu’il faut écouter, que tout le monde est en silence. Mais je me sens frustrée et j’ai un peu honte (que j’ai aussi honte d’admettre). Je me demande si je n’aurais pas dû la garder à la maison. Une minute de silence? Pff. Quelle idée d’amener un enfant comme elle à un événement pareil.

Nous allons manger à la salle des fêtes (après une petite pause « sérénité » à la maison) et passons l’après-midi en groupe. La surprise initiale est passée et tous lui sourient en la voyant. Elle veut faire un câlin à un vieux monsieur qui me confie, tout fier, qu’il a toujours eu un don avec les enfants. Pendant qu’il me parle, elle est déjà passé à quelqu’un d’autre, et le monsieur me dit que c’est certainement parce que l’autre a la même cravate que lui. Il est heureux, touché. Je l’observe de loin (on a essayé de la faire tenir à table avec nous: misère généralisée) et elle échange avec les gens, malgré ses mots limités. Et je vois une petite fille heureuse dans sa peau, ouverte, confiante, aimante, qui sème la chaleur autour d’elle.

Ce serait certainement plus simple à gérer si elle se comportait comme les autres. Mais elle n’est pas comme les autres, et c’est donc injuste et vain de le lui demander. Elle a donné de la joie aujourd’hui, ça se voyait dans les visages des gens, et elle a commencé à se faire une place dans cette communauté. Nous avons commémoré aujourd’hui ceux qui ont dtricoloreonné la vie pour la liberté, pour une société qui protège ceux qui sont vulnérables et différents, qui ne cherche pas à les exclure, voire les exterminer. Et nous avons expérimenté cette liberté à première main. C’était une belle expérience, nous avons tous appris quelque chose.