Comment aider un enfant à utiliser la CAA à la maison et à l ‘école

Comment aider un enfant à utiliser la CAA (communication alternative et améliorée) à la maison et à l ‘école (astuce : c’est plus facile que ce que l’on imagine!)

Cet article est traduit de l’anglais avec l’aimable permission de Carrie Clark, orthophoniste et blogueuse sur http://www.speechandlanguagekids.com/. Pour l’article en anglais, cliquez ici.

Un des aspects les plus compliqués de l’usage de la CAA avec un enfant, c’est de savoir quoi en faire une fois qu’on l’a entre les mains. Le terme CAA décrit toute façon d’utiliser le langage pour communiquer autrement que le langage oral. Certains enfants utilisent la langue des signes ou des images, d’autres un outil de communication qui parle lorsque l’on appuie sur un bouton.

Peu importe l’outil utilisé, c’est délicat de comprendre comment l’incorporer dans sa vie quotidienne, soit à l’école, soit à la maison. Voici l’astuce, vous êtes prêts ?

On apprend à un enfant de se servir de la CAA d’exactement la même façon que vous lui apprendriez à parler.

Bon, d’accord, ça a l’air simple, mais en pratique c’est plus dur que cela n’en a l’air. Voici quelques idées pour mettre en place cette stratégie à la maison ou à l’école :

Première étape : Familiarisez-vous avec l’outil de communication de l’enfant

Les enfants à développement typique apprennent à parler en étant avec des adultes et des enfants plus âgés qui maîtrisent le langage oral. Ces adultes et partenaires de communication sont familiers avec la langue et ils savent s’en servir. Autrement dit, ils sont à l’aise en parlant avec l’enfant.

Les enfants utilisateurs de CAA ont probablement été évalués pour connaître l’outil de communication qui leur conviennent le mieux. Peu importe la méthode choisie (langue des signes, pictogrammes, tableaux de communication, outil à synthèse vocale), les adultes doivent être à l’aise avec cet outil. Une famille qui ne parle que le chinois aura de la difficulté à apprendre le français à leur enfant; de même, votre enfant aura du mal à apprendre à se servir de la CAA si vous ne savez pas vous en servir non plus.

Prenez donc du temps pour vous y familiariser. Si c’est la langue des signes, apprenez un maximum de signes. Si c’est un outil de communication qui parle lorsqu’on appuie sur les boutons, empruntez-le pour essayer de faire des phrases avec. Pouvez-vous tenir une conversation avec un ami en l’utilisant ? Il faudrait essayer.

Deuxième étape : modéliser l’usage de la CAA autour de l’enfant

Les enfants à développement typique entendent parler leur langue maternelle autour d’eux tout le temps. Ils entendent des adultes qui la parlent entre eux pour communiquer.

Les enfants utilisateurs de CAA ont aussi besoin de voir que leur outil de communication sert justement à communiquer ! S’ils ne voient jamais personne s’en servir pour communiquer, pourquoi seraient-ils motivés pour le faire ? Si votre enfant utilise la langue des signes, signez en lui parlant et en parlant à d’autres adultes en sa présence. Ce n’est pas nécessaire de signer tous les mots (surtout au début quand vous ne les connaissez pas tous), mais signez tout ce que vous pouvez. Si votre enfant utilisent des pictogrammes ou images, montrez-lui l’image en prononçant les mots. Par exemple, si vous demandez à votre enfant s’il veut un petit gâteau, montrez-lui l’image qui correspond. Il en va de même pour un outil à synthèse vocale, appuyez sur les boutons correspondants tout en lui parlant. Ce n’est pas nécessaire de modéliser chaque mot, juste les plus importants.

Tout comme les enfants typiques, qui doivent entendre la langue cible BEAUCOUP avant de savoir s’en servir, l’enfant avec des troubles de langage a aussi besoin de voir l’outil en action. Utilisez le système de communication lorsque vous lui parlez, mais aussi pour parler à d’autres adultes, d’autres enfants etc. Veillez aussi à laisser l’outil toujours disponible pour l’enfant (ne pas lui enlever) pour qu’il puisse s’en servir aussi.

Troisième étape : Encourager les tentatives de l’enfant à se servir de la CAA

En tant que parent d’un bébé, je le félicite constamment pour toute action qui pourrait être prise pour de la communication intentionnelle. Si je quitte la pièce et mon bébé dit « ba », je lui souris immédiatement et je lui réponds « bye bye ! Oui, je fais bye bye ! ». Bon, en tant qu’orthophoniste, je sais bien que mon bébé de 7 mois ne me dit pas vraiment « bye bye » et que ce n’était probablement qu’une coïncidence, mais c’est ce que font les parents. Et ça marche ! En renforçant les actes de langage accidentels, on apprend à l ‘enfant que la communication est puissante et qu’elle créera des interactions riches avec les adultes qui l’entourent.

Au départ, les enfants utilisateurs de CAA ne s’en servira probablement pas de façon significative. Peut-être qu’il appuie sur les boutons de façon aléatoire pour entendre les sons. Mais surtout, ne dîtes pas « qu’il ne fait que jouer » et lui enlever. On ne lui enlèverait pas la boite vocale d’un bébé parce qu’il babille au lieu de dire de vrais mots. Cela fait partie du processus d’apprentissage.

Si l’enfant appuie sur un bouton, même de façon accidentelle, on peut toujours lui répondre comme si c’était significatif. S’il appuie sur « pomme de terre » lorsque vous jouez dans la chambre, vous pouvez lui répondre, « Pomme de terre ? On n’a pas de pomme de terre ici. Peut-être qu’il y en a dans la cuisine ». Cela paraît peut-être un peu sot, mais cela aidera l’enfant à comprendre que les mots qu’il crée ont un véritable sens.

Cette étape d’exploration ne durera pas éternellement. Le sens des enoncés deviendra de plus en plus clair et significatif. Mais pour l’instant, il va falloir accepter que l’enfant va « jouer » avec pour voir ce qui se passe, tout comme un bébé qui joue avec sa voix.

Quatrième étape : Gardez l’outil de CAA présent à tout moment

Pour un enfant à développement typique, c’est une évidence. Bien sûr qu’il a toujours sa voix avec lui. On ne l’éteint jamais, on ne l’oublie pas à la maison. Il n’y a jamais de panne de batterie qu’il faut recharger. L’enseignant ne lui enlève pas sa voix parce qu’il parle en même temps, il lui apprend qu’il y a des moments pour écouter et ne pas parler.

Pour les enfants utilisateurs de CAA, c’est pareil, il ne faut jamais lui enlèver sa voix. S’il signe, ce n’est pas un problème parce qu’il a toujours ses mains. Si toutefois l’enfant utilise des images ou un outil de quelque sorte, il va falloir veiller à ce que l’outil soit avec lui et en état de fonctionnement à tout moment.

S’il faut charger la batterie, faites-le lorsqu’il dort. Ou achetez une batterie de rechange.

Même si c’est énervant que l’enfant appuie sur des boutons au lieu d’écouter ou de prêter attention, il ne faut toujours pas lui enlever. Faites plutôt ce que vous feriez avec tout autre enfant en lui apprenant qu’il faut parler doucement ou qu’il faut écouter dans telle situation.

Cinquième étape : Recherchez et planifiez des opportunités pour utiliser la CAA

Pour un enfant à développement typique, en tant que parent ou éducateur, on essaie de créer des situations dans lesquelles l’enfant pourra réussir à communiquer. Par exemple, on l’assoit dans sa chaise haute, on lui montre des raisins en disant « tu veux du raisin ? ». Ensuite, on attend pour voir s’il le dira tout seul. On lui donne l’occasion d’exprimer ce qu’il veut. D’autant plus si on sait qu’il connait le mot. Par exemple, on ne va probablement pas lui demander « c’est quoi ? » en pointant un animal qu’il n’a jamais vu auparavant, mais plutôt pour un animal familier, comme un chien. C’est parce qu’on sait qu’il connait le chien et qu’il réussira.

Pour les enfants utilisateurs de CAA, on crée également des situations pendant la journée qui lui permettront de communiquer avec son outil. Dans la classe, ce sera peut-être pendant un moment répétitif, comme la récréation. Proposez-lui des objets ou des jeux qu’il trouvera motivants, et qu’il sait dire avec son outil de CAA. Par exemple, un goûter qu’il sait demander ou une activité qu’il a dans l’outil.

Montrez-lui l’objet, puis modelisez-le avec l’outil de CAA. Puis attendez pour voir s’il utilisera l’outil pour communiquer. S’il a du mal, on peut toujours lui guider la main pour l’aider. Pour plus d’information sur comment apprendre un nouveau bouton à un enfant sur un outil de communication, regardez cet article :

http://www.speechandlanguagekids.com/teach-your-child-to-use-an-aac-device/

 

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La communication alternative chez vous, ça se passe comment ?

11- MaisonJ’ai besoin de vous et de vos lumières! Je souhaite publier sur ce blog Dis cot cot, ma cocotte des témoignages de parents qui utilisent la CAA (communication alternative et améliorée) à la maison, que ce soit des signes, des pictogrammes, une tablette etc… L’objectif, c’est que des parents en recherche de solutions aient un aperçu plus personnel des outils disponibles, et en quoi ces outils pourraient s’adapter à leur quotidien. Et pour ceux qui ont déjà trouvé un outil et pour les professionnels, je crois que l’on a tous à gagner à partager nos expériences et nos astuces !

Voici un petit questionnaire, que je propose comme fil conducteur de cette série de témoignages. N’hésitez pas à modifier ou choisir dans les questions si vous trouvez que ce serait judicieux.

  • Présentez brièvement votre enfant et ses difficultés en termes de communication. (Essayez de donner quelques éléments spécifiques, par exemple, « il a commencé à pointer vers 2 ans »)
  • Quels outils/systèmes de communication utilisez-vous actuellement pour palier ces difficultés ? Qu’est-ce qui vous a amené à faire ce choix ?
  • Quels autres dispositifs avez-vous utilisé dans le passé ? En quoi étaient-ils utiles ? Pourquoi est-ce que vous ne les utilisez plus (si c’est le cas) ?
  • Est-ce que votre enfant à accès à la CAA à tout moment et est-ce que tous les interlocuteurs comprennent/peuvent le soutenir dans cette utilisation ?
  • Quel conseil/astuce donneriez-vous à un parent d’un enfant avec des troubles de communication, qui n’utilise pas encore la CAA ?
  • Quels jeux et quelles activités sont les plus motivants pour inciter votre enfant à utiliser la CAA ?
  • Souhaitez-vous partager d’autres informations qui pourraient être utiles pour d’autres parents ?

Comme les images sont toujours très parlantes, n’hésitez pas à joindre aussi des photos ou une vidéo. Envoyez le tout à discotcot@gmail.com

Merci beaucoup !

Pourquoi modéliser ? Comment modéliser ? La Communication améliorée et alternative en action

Voilà, c’est fait, on a mis en place la communication alternative et améliorée2010_0320_144042AA (CAA) pour aider notre enfant (ou élève, patient, proche…) à communiquer. On a notre joli classeur de pictogrammes, notre livre PODD, notre tablette avec application de communication, notre formation de Makaton tout fraîche en tête… et ensuite ? On entend souvent dire qu’apprendre à utiliser la CAA, c’est un peu comme jouer du piano. Ce n’est pas parce que l’outil est là, que l’on saura s’en servir tout naturellement, sans effort, dès le départ. Si on veut que son enfant apprenne une autre langue, et bien il faut que cette langue soit parlée autour de lui, pas vrai ? C’est donc logique que si on veut que son enfant « parle » avec son outil, il faut que l’on s’y mette, nous aussi. D’où l’importance de « modéliser », c’est à dire, de parler avec l’outil, de donner des exemples, d’en faire un mode de communication riche et interactif tout au long de la journée.

Pourquoi modéliser ?

  1. De nombreuses études montrent que la modélisation aide les enfants et les adultes à apprendre plus vite.
  2. La modélisation nous aide en tant que parent, professeur, thérapeute, à apprendre à se servir de l’outil, de connaître ses limites (pour essayer de les palier) et de savoir exploiter tout le vocabulaire disponible.
  3. C’est logique. Combien de fois doit-il entendre un mot avant qu’un petit enfant ne se mette à le produire ? Bien sûr que les enfants utilisateurs de CAA ont besoin d’être exposé à leur mode de communication cible aussi.
  4. Cela augmente notre « sphère d’influence ». S’ils nous voient s’en servir pour modéliser, il y a plus de chances que d’autres parents, professeurs, thérapeutes, feront de même.
  5. C’est motivant. L’enfant est intrigué, et il viendra voir ce que l’on fait et, avec le temps, il s’y mettra aussi.

Pour plus de précision et des liens à des études sur le sujet, consultez cet article, sur le site américain Praactical AAC. C’est une véritable mine d’or d’informations et de conseils concernant la CAA, que je recommande vivement. Je n’ai rien inventé, je ne fais que synthétiser et traduire en français certains éléments qui me paraissent fondamentaux.

La compétence communicative prend du temps

« Un enfant typique de 18 mois aura été exposé à 4380 heures de langage oral, soit 8 heures par jour, avant de se mettre à parler. Si un enfant est exposé à son système de communication en séances d’orthophonie, deux fois par semaine pendant une demi-heure, cela prendra 84 ans avant d’avoir le même niveau d’exposition. »

Jane Korsten, orthophoniste

En modélisant avec l’outil de communication, nous permettons à l’enfant de se l’approprier et nous lui faciliterons le chemin vers la communication. Me voilà convaincue, et vous?

Et enfin, parce que voir, c’est croire, merci à Mathilde Mella pour cette superbe vidéo qui montre une activité de collage, tout en PODDant:

Utiliser Talk Tablet en français… quelques informations avant de démarrer

Talk tablet logo

[Note 09.2015: Suite à la sortie d’une autre application qui nous correspondait mieux, nous n’utilisons plus Talk Tablet. Pour plus d’info, cliquez ici.]

Talk Tablet de Gus Inc propose une application de communication pour personnes avec des difficultés pour s’exprimer verbalement (autisme, aphasie, trisomie, AVC, handicaps divers…). Cette app existe en « version française », c’est à dire, avec une possibilité de voix de synthèse française.  Elle peut être utilisé sur des tablettes Apple, Android ou Kindle. A l’achat, tout est en anglais, mais il existe un service de partage de données, d’où on peut télécharger une version française d’un autre utilisateur (ceux disponibles à ce jour sont relativement basiques, mais cela peut évoluer). Pour ce qui est de notre cas, nous avons choisi cette app parce qu’elle me semblait la plus évolutive et personnalisable disponible en français à ce moment là (02.2014). Elle n’est pas parfaite, mais puisque la perfection n’existe pas (encore!), elle n’est pas mal.

Voici une petite vidéo de présentation générale (y compris comment trouver l’option partage pour télécharger une version française…):

Ce qui me plaît chez Talk Tablet:

  • La voix. Ma fille aime bien revenir sur certains mots, elle écoute attentivement, essaie de répéter les sons. Ce côté « interactif » est très motivant pour elle. C’est un des principaux avantages de la tablette à mon sens.
  • Les images. Talk Tablet utilise la base de données SymbolStix, donc accès à plus de 11000 symboles clairs et parlants (je trouve!), sinon on peut choisir une de ses propres images, prendre une photo ou même faire une recherche sur Google Images, sans quitter l’app. C’est super facile d’ajouter du vocabulaire qui manque (ayant utilisé le PECS auparavant, j’apprécie énormément cet aspect… plus besoin de chercher, imprimer, découper, plastifier et redécouper à chaque fois qu’il nous manque un mot – ouf!).
  • Choix de taille de grille – on a commencé avec 16 boutons, soit 4×4, et on est passé maintenant à 28 boutons, soit 7×4. Cela permet de s’adapter en fonction de la difficulté visuelle et de motricité fine de l’enfant.
  • On peut cacher ou griser des boutons. La « planification motrice » est très importante pour une app de communication, c’est à dire que nous apprenons l’emplacement d’un mot, et nous pouvons ensuite le retrouver presque sans regarder, un peu comme si on jouait du piano. Il ne faut pas que l’on déplace les touches! Si on veut commencer avec un ou deux mots, on peut très bien préparer la grille de 16, et en cacher tout sauf les mots en question. Cela permet de découvrir et élargir progressivement le vocabulaire, sans rien déplacer.
  • L’évolution possible. On peut commencer simple, quelques choix d’aliments et d’activités, mais on peut passer rapidement à un vocabulaire beaucoup plus riche et large.

Ce qui ne me plaît pas

  • Il faut tout traduire, tout paramétrer et c’est un travail énorme! Je ne peux même pas compter les dizaines d’heures que j’ai passé à arriver à la version que l’on utilise aujourd’hui. Et pourtant, il manque tant d’éléments.
  • La grammaire française. C’est un choix à faire: on essaie d’incorporer des éléments de grammaire et on se retrouve vite avec un système tellement complexe que l’enfant risque de s’y perdre, ou on simplifie pour donner un français compréhensible mais qui ne correspond pas à ce que l’on entend.

 Est-ce que je le recommande?

Oui. Il faut être prêt à passer du temps pour l’adapter aux intérêts/besoins de l’utilisateur, mais c’est un outil puissant et relativement facile à modifier. Pour nous, cela change tout. Avec sa voix, ma fille peut me dire « gâteau »; avec Talk Tablet, elle me dit « Je veux manger du yaourt avec du sirop d’érable ». Avec sa voix, elle me dit « loup »; avec Talk Tablet, elle me dit « Je veux écouter Pierre et le loup », puis elle peut nommer les instruments de musique qu’elle entend. Avec sa voix, elle me dit « balade », avec la tablette, elle dit « faire une balade avec Papy ». C’est de la magie!

Notre première page d'accueil

Talk tablet: notre première page d’accueil

Talk tablet: la version que nous utilisons actuellement

Talk tablet: la version que nous utilisons actuellement

Encore une petite vidéo pour aider des utilisateurs débutants: comment changer la voix, comment ajouter un bouton, comment griser ou cacher un bouton…

Qu’est-ce que le PECS? Avis d’une maman…

Le PECS a constitué une étape importante dans la communication avec notre fille. Elle a commencé à faire des choix dans plein de contextes différents, pour manger, pour s’habiller, pour les jeux et les activités. PECS veut dire Picture Exchange Communication System, ou Système de Communication par Echange d’Images. Simplement, l’enfant nous donne une carte avec l’image d’un objet désiré, on lui donne l’objet. Un mot est un symbole qui représente une chose, ce qui n’est pas évident à appréhender pour beaucoup de nos enfants. Avec le PECS, ce mot devient un objet concret aussi, une carte que l’on peut tenir dans sa main, regarder, retourner et utiliser. La communication devient un processus plus concret, plus facile à appréhender pour l’enfant.

Voici une explication très simplifiée de la méthode PECS, qui ne se substitue pas, bien entendu, au fait de suivre une formation (voir ci-dessous). Il existe 6 étapes:

Phase 1: L’enfant apprend à échanger une image contre un objet désiré. Dans un premier temps, l’interlocuteur est en face de l’enfant, et une deuxième personne (l’aidant) reste derrière l’enfant pour le guider à saisir l’image et la donner à l’interlocuteur. L’interlocuteur retourne la carte pour la montrer à l’enfant, l’aidant guide l’enfant à pointer la carte, puis l’interlocuteur dit le mot et donne simultanément l’objet. Petit à petit, l’aidant diminue son aide jusqu’à ce que l’enfant puisse réaliser l’échange seul. Ça veut dire qu’il faut qu’il y ait deux adultes disponibles avec l’enfant pour réaliser l’échange.

Il est important de bien réfléchir aux objets les plus motivants, ou « renforçateurs », pour l’enfant. Cette étape est plus ou moins long selon l’enfant et le temps passé à faire des échanges. Dans notre cas, une amie formée en PECS est venue à la maison, et nous avons fait du PECS à longueur de journée pendant une semaine entière. Sachez aussi que pendant cette période, on ne dit jamais non! Il faut que le système marche, si l’enfant fait sa demande et qu’on lui refuse l’objet désiré, il risque de se démotiver. Une des premières cartes préférées de notre fille était le toboggan, sauf qu’il était à 500m de la maison… pas pratique les jours de pluie!

Phase 2: L’enfant apprend à le faire « à distance et avec interpellation ». C’est à dire qu’il faut qu’il insiste, même si on a le dos tourné, qu’on est occupé, qu’on est dans le salon etc.

Phase 3: La discrimination, d’abord entre l’image d’un objet désiré et d’un objet a priori non désiré, pour que l’enfant apprenne à bien regarder les cartes. Si on propose deux choses qu’il aime, comme ‘gâteau’ ou ‘bonbons’, on ne sait pas s’il fait vraiment un choix. On lui propose ‘gâteau’ ou ‘brocolis’ et son besoin de discriminer les pictogrammes devient nettement plus pressant. Il y a un protocole stricte à respecter pour la correction d’erreur.

Phase 4: On passe aux phrases. Une fois que l’enfant demande plein d’objets différents, on introduit une carte ‘je veux’, d’abord placé sur une bande phrase, et ensuite c’est l’enfant qui place la carte « je veux ». Voici une petite vidéo tournée quand ma fille avait 3 ans 8 mois. On utilisait les PECS depuis 9 mois environ.

Phase 5: On demande « Qu’est-ce que tu veux? »

Phase 6: On travaille les commentaires, comme « je vois… », « j’entends… », « c’est super! ».

Avantages

  • on peut commencer très simplement, avec une image d’un objet préféré de l’enfant
  • on rajoute du nouveau vocabulaire progressivement
  • facile à sélectionner quelques éléments à travailler, sans surcharger l’enfant
  • pas de pré-requis cognitif, l’enfant est entièrement guidé au début
  • peu coûteux à mettre en place, sans compter la formation

Inconvénients

  • Protocole assez stricte, qui nécessite deux aidants au départ
  • difficulté d’organisation, quand on a beaucoup de pictogrammes
  • c’est un peu long et fastidieux pour faire les cartes, et il en manque toujours
  • Pour nous, c’est devenu ingérable avec le nombre de pictogrammes et on a décidé d’acheter une tablette, avec l’appli Talk Tablet. Le travail réalisé n’était, j’espère!, pas perdu.

Pour plus d’informations sur le PECS et les formations: http://www.pecs-france.fr/WhatsPECS.php

A-t-on vraiment besoin de la communication améliorée et alternative?

Est-ce que mon enfant a vraiment besoin de CAA, d’une façon alternative de communiquer ?

Mais mon enfant est encore jeune/dit déjà quelques mots… on veut lui laisser le temps de parler…

D’abord, l’usage de la CAA ne l’empêchera pas de parler. Beaucoup de parents, et malheureusement pas mal de professionnels aussi, ont peur que si on donne une autre solution de communication à l’enfant, cela freinera son acquisition du langage oral. Cependant, toutes les études réalisées sur le sujet nous montrent que, pas seulement la CAA n’aura aucune conséquence néfaste sur le langage oral, mais dans beaucoup de cas cela stimulera son envie de communiquer.

Personnellement, plus nous travaillons la CAA à la maison, plus notre fille communique, aussi bien par le langage oral qu’avec sa tablette ou son classeur de communication. La différence est flagrante, c’est comme si on ouvrait la porte à la communication.

Soyons logique, un enfant qui peut parler, parlera. Tout comme l’eau descend vers le point de plus bas, un enfant cherchera toujours la façon la plus simple de se faire comprendre.

Mais je comprends tout ce qu’il me dit…

Vraiment ? En êtes-vous sûr ? En disant que nos enfants n’ont pas d’autres idées à transmettre que ceux que nous voulons bien leur imaginer, ne sommes-nous pas en train de sous-estimer un peu leur potentiel ? Par exemple, ma fille est passionnée de t-shirts. C’est un de ses mots fétiches, un mot qu’elle dit dans plein de contextes différents, que ce soit pertinent ou pas (à mon sens). Elle dit un seul mot, mais ça veut dire plein de choses pour elle, et elle ne me fera jamais comprendre les nuances si on en reste aux mots qu’elle peut prononcer.

Et pour tout le reste du monde ? Nous espérons pour nos enfants le plus d’indépendance possible. Il faut qu’il soit compris par les autres aussi, parce que nous ne serons pas toujours à ses côtés pour faire l’interprète. Pour cela, il est important de trouver un système de communication que n’importe quel interlocuteur peut comprendre.

Mon enfant est trop limité pour le faire…

La CAA ne demande aucun prérequis en termes de capacité cognitive. Qui ne tente rien, n’aura rien.

Lettre ouverte aux parents d’enfants avec un retard de langage

Cher parent d’un enfant avec un retard de langage,

Nos enfants ont quelque chose en commun : c’est dur de se faire comprendre, non ? Peut-être qu’ils n’ont pas encore compris que la communication, c’est le pouvoir, qu’ils peuvent agir sur leur monde. Peut-être qu’ils agissent déjà beaucoup, qu’ils sont frustrés, en colère, que par faute de moyens adaptés, ce besoin d’être compris explose et fracasse. Peut-être que vous avez trouvé cette lettre en tapant ‘retard de langage’, que vous cherchez des réponses, des solutions. Que vous vous sentez un peu dépassé ?

Si vous avez un enfant qui a un petit retard, qui prononce mal une consonne ou deux, cette lettre n’est pas écrite pour vous.

On se pose la question, qu’est-ce que je peux faire ? De plus ? Comment aider ce bébé qui ne sourit pas, qui ne suit pas des yeux, ce petit enfant qui ne pointe pas (encore), qui ne sait pas dire oui ou non (encore), cet enfant qui reste silencieux devant les questions bienveillantes de la dame au supermarché ? J’ai des bulles et des flûtes, des jeux et des plumes, j’énonce tout clairement, je fais des grimaces devant le miroir, je fais des guilis et des câlins et mon enfant réagit peu (peut-être même pas du tout encore). Que font les autres parents pour que l’acquisition du langage soit si facile et si naturel chez leur enfant?

La vérité, c’est qu’il n’y a rien de plus que l’on peut faire, en tant que parent ordinaire. On fait déjà beaucoup, plus que ce qu’on imaginait. Et pourtant nos enfants ‘extra-ordinaires’ ont grand besoin de nous, de parents qui iront plus loin, qui se battront, qui chercheront d’autres solutions. Parce qu’ils existent des tas de systèmes de communication pour les enfants qui ne parlent pas encore, qui ne parleront peut-être jamais. Oui, c’est important de travailler le souffle et la prononciation, mais en attendant le langage oral, il faut déjà une autre solution de communication. Et c’est aux parents de le mettre en place. Ce n’est pas trop tôt. Le moment, c’est maintenant.

En France, il existe peu de soutien pour la CAA, c’est à dire la Communication Améliorée et Alternative. Beaucoup (la plupart?) de thérapeutes connaissent peu les avancés et les solutions possibles, ceux qui y sont sensibilisés manquent trop souvent de temps, de ressources, de budget pour mettre en place des systèmes adaptés. Mais nous, parents, nous pouvons le faire. Nous devons le faire.

Sur ce blog, je souhaite regrouper un maximum de ressources et d’informations pour aider nos enfants à mieux se faire comprendre. Ce n’est pas parce qu’ils ne peuvent pas parler qu’ils n’auront pas de voix.

De la part de

la maman d’une fille qui a des choses à dire